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Amel Zazaa est une artiste tunisienne qui vit à Montréal. Forte de 10 ans d’expérience professionnelle dans le management et le marketing culturel en Tunisie, elle concrétise aujourd’hui sa passion pour la mode avec ses créations Triza. Focus sur une artiste qui mise sur les valeurs sûres et la créativité.

 

Amel Zazaa, fondatrice de Triza

Amel Zazaa, fondatrice de Triza

  • Pouvez-vous nous parler de Triza et de vos créations ? Comment est née l’idée ? Quelles sont ses ambitions ?

L’idée de Triza me trottait dans la tête depuis plusieurs années… J’ai toujours voulu me lancer dans la création textile et mode mais comme j’avais un travail très prenant je n’ai jamais trouvé le temps de le faire d’une manière sérieuse.

Du plus loin que je me souvienne j’ai été quelqu’un de très manuel. Mon chez moi est constitué de vieux meubles chinés dans les brocantes que j’ai retapé moi même, ma garde robe de vêtement recyclés que je récupère et customise de mes propres mains, mes produits de soin sont des recettes de grand mère que je concocte chez moi et dont je me procure les ingrédients à « Souk Leblat »*. La couture et la broderie ont fait partie de ma vie grâce à ma mère qui enseignait la couture. Je trainais dans son atelier de couture et pendant les vacances scolaires je lui faisait les ourlets et la broderie de toutes ses créations. J’ai appris toutes sortes de techniques de broderie et couture sur internet ou dans les magazines spécialisés mais c’est resté un passe-temps plus qu’autre chose.

En arrivant à Montréal il y a un an en plein hiver, il fallait commencer une nouvelle vie, trouver de nouveaux repères, endurer l’hiver! Alors pour commencer, j’ai installé un petit atelier chez moi et j ai commencé à créer des bijoux en textile pour passer le temps, pour méditer, pour retrouver des repères dans une grande ville avec une nouvelle culture et d’autres usages.

J’ai rencontré un jour, au cours de mes déambulations, une galeriste au Plateau Mont-Royal, un quartier que j’adore ici car il foisonne de petites boutiques, de galeries, de bouquinistes, de friperies vintage, de cafés et bistros très sympas. Cette personne a eu un coup de cœur pour mes accessoires et m’a proposé de les exposer dans sa galerie-boutique. C’est de cette façon que le projet Triza s’est transformé d’un passe temps marginal à un travail à plein temps. Enfermée dans mon atelier pendant des heures pour préparer mes collections, j’étais heureuse de pouvoir enfin me consacrer entièrement à ma passion. J’ai pu participer par la suite à l’évènement home-made hand-made à Montréal, un beau projet initié par un jeune tunisien installé depuis plusieurs années ici Khaled Bdiri. L’évènement a été accueilli dans la boutique d’une créatrice Tunisienne de grand talent Hinda Abdelkrim qui a crée ici la marque de vêtement Symbiose & co depuis plus de trois ans.

  • Triza est une marque s’inscrivant dans la tendance « hand made -home made », la création est-ce aussi pour vous un moyen de méditation, un art de vivre ?

Le home-made hand-made est aujourd’hui une tendance qui se développe de plus en plus partout dans le monde comme une alternative puissante et une réaction de rejet de l’industrialisation massive, la consommation frénétique et l’obsolescence programmée.

Le home-made hand-made a été ma façon de vivre depuis toujours. Je suis originaire de la médina de Tunis et les produits naturels, faits maison etc… sont un art de vivre auquel nous avons été initiés depuis tout jeunes : l’huile d’olive qui vient de “la maäsra”*, la confiture et les épices préparés à la maison, “el oula”* faite par la grand-mère, les matelas et oreillers confectionnés maison avec de la pure laine, les remèdes homéopathiques à base d’huiles essentielles et de végétaux, les vêtements faits à la main chez le tailleur du quartier , les tissus naturels acheté dans les souks de Tunis et les légumes et fruits bio et frais achetés dans le marché de Beb el Falla ou de Sidi el Bahri… Ce mode de vie nous a appris beaucoup de valeurs essentielles comme le partage, l’entraide, la patience, le respect de la nature… rien n’était gaspillé tout pouvait être recyclé, transformé et se transmettre.

  • Vous êtes Tunisienne et vous vivez depuis peu à Montréal, ville cosmopolite. Qu’est-ce qui vous marque et vous enchante le plus dans la vie culturelle et artistique de cette ville ?

Montréal est une ville incroyablement dynamique sur le plan culturel de part toutes les nationalités et les cultures qu’elle rassemble. Ce qui m’a marqué à mon arrivée ici est le grand civisme des gens dans les rues, dans les transports publics, dans les institutions… Montréal est une ville très soucieuse de l’accessibilité de la culture et de l’art à Tous. Il n’y a qu’à voir le nombre de spectacles et concerts offerts gratuitement dans l’espace public pour le constater. Pendant la période estivale, il y a un tel enchainement de festivals et de grands évènements qu’on en perd la tête.

  • Enfin vous avez côtoyé pendant plusieurs années le monde de la Culture et la Tunisie des artistes, est-ce que vous pensé que la Culture y est encore un privilège et un cosmos qui se parle à lui-même ?

La culture et l’art a été en effet longtemps réservé à une élite en Tunisie mais c’est de moins en moins le cas depuis quelques années. Il existe aujourd’hui une relève affirmée qui a choisi de rompre avec l’ancienne génération, ses pratiques, ses repères et ses lieux de diffusion pour rendre la culture et l’art accessible à tous. Des initiatives tels que Dream City ou le collectif des danseurs citoyens qui installent l’art contemporain dans la rue et les espaces publics, Danse à Tunis, Le printemps de la danse ou doc a Tunis qui offrent des accès gratuits aux jeunes de la Tunisie, la caravane documentaire ou la route du cinéma qui sillonnent toutes les régions de la Tunisie profonde pour offrir des projections gratuites dans l’espace public, Moussika wassalem, les Dunes électroniques, le FEST qui sont des festivals de musique dans des espaces insolites crée par les jeunes tunisiens et totalement à l’image de la Tunisie tels que nous la percevons : riche, ouverte, belle et multiple. El Bazar, Passengers Design Store et Mokacioccolatah qui sont des initiatives de jeunes tunisiens pour promouvoir le design et la création tunisienne, le projet « Les Potières de Sejnène » qui valorise et préserve aujourd’hui le savoir faire millénaire des femmes artisanes de Sejnène et le fait voyager hors des frontières de la Tunisie…

J’aimerais tellement rendre hommage à toutes les personnes qui œuvrent sans relâche pour transformer le paysage culturel est artistique mais les projets sont vraiment nombreux ! Tous ces évènements et la notoriété qu’ils ont acquis en très peu de temps confirment que cette relève d’opérateurs culturels et d’artistes a su sortir des espaces confinés et élitistes.

 *Souk Leblat  marché des herboristes dans la medina de Tunis. Les boutiques regorgent de plantes, de racines, de bulbes, d’écorces, de résines… capables de calmer les douleurs et de guérir plusieurs maladies.                                                                                                                                                                                                                             *el oula (arabe : العولة) ou mouna est une tradition tunisienne de préparation des réserves alimentaires pour l’hiver. Cette pratique ancestrale, commune à toutes les régions du pays, voit chaque famille se mobiliser durant l’été afin de préparer les provisions, le tout dans une ambiance de fête                                                                                                          *La maâsra: Procédé traditionnel de trituration des olives en vue d’extraire de l’huile d’olive

Triza, Page Facebook

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