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Lilia El Golli, photographe

Lilia El Golli, photographe

A travers ses clichés, Lilia El Golli ,artiste photographe , vous invite constamment au(x) voyage(s) dans la Tunisie et au-delà… Ses photos portent une sensibilité et une signature unique qui reste dans la rétine…On peut dire que ses photos ont une aura particulière et laissent même un sillage…mystique tant on a l’impression qu’il se passe toujours quelque chose de grandiose sur ses photos… Cela est sans doute le reflet d’une femme sensible et éclectique qui souhaite voir, regarder et méditer son pays la Tunisie autrement. Et loin des clichés, Lilia a répondu à quelques questions pour L’Eclectique.

A travers vos photos, vous proposez de découvrir la Tunisie dans ses profondeurs comme rarement vue. Qu’est-ce qui vous reste dans la rétine en parcourant la Tunisie hors des sentiers battus ?

L’immensité et l’inconnu. J’ai parcouru des pistes hors de l’infrastructure routière et découvert un arrière pays très diversifié. De villages berbères désertés jusqu’à des ruines romaines non encore « révélées », j’ai découvert un envers du décor stupéfiant, très loin des cartes postales que l’on vend sur la Tunisie. J’ai des amis qui m’ont dit, après avoir posté une photo de l’arrière pays de Sejnane au printemps : « c’est la Toscane que tu nous présentes ! »
Nous avons une richesse non exploitée, en partant du nord et des « greniers de Rome » jusqu’aux gorges du sud qui m’ont remplis de bonheur simple, un souffle, une respiration. A portée de main. Je n’ai qu’une hâte : repartir.

Depuis 2011, un processus d’évolution a commencé en Tunisie. Quel est votre vision et sentiment sur la Tunisie de ces jours et de demain ?

Je persiste à avoir beaucoup d’espoir quand au devenir de ce petit pays. Certes, beaucoup de choses n’ont pas bougé, ce qui est presque normal dans un processus de transition. Ce n’est pas en décapitant la tête qu’un système se métamorphose, change. Pour l’instant la tête décapitée a révélé sa partie Hydre de Lerne : plusieurs visages de ce pays apparaissent. Lorsque nous aurons accepté que cette étape soit un passage obligatoire, nous pourrons confronter nos idées dans le dessein de communiquer nos idées. Nous accepter. C’est fébrile mais en construction. Time will tell, je suis confiante en la société civile, quelque soit son niveau économique, son âge ou son aspect social.

La Culture et la création artistique sont un garde-fou dans une démocratie. Quel est le challenge et le rôle des artistes Tunisiens ?

D’accepter qu’il y a de la place pour tout le monde, que la création est infinie et qu’à force de persévérer dans l’expression de sa propre voix, les investisseurs et collectionneurs découvriront qu’il n’existe pas qu’une seule forme d’expression culturelle, celle-ci étant multiple et polychromatique.
Aujourd’hui, peu d’artistes arrivent à vivre de leur art. Une volonté politique ainsi que des structures autant publiques que privées sont primordiales. Beaucoup de projets fleurissent, il est temps que l’accompagnement se fasse, structurant et libérateur en même temps.

L’exception des femmes Tunisiennes dans le monde arabe, est-ce une réalité que vous percevez lors de vos voyages et dans votre travail ? Quel est votre regard sur la Tunisienne et les Tunisiens ?

Pour tout avouer, je ne vois pas l’exception unique des femmes tunisiennes, mais bel et bien une pluralité de femmes arabes qui ont décidé de s’affranchir de l’étiquette qu’on leur colle, que cela soit à l’extérieur dudit monde arabe, avec cette « envoutante femme arabe » ou en son intérieur, génitrice qui doit rentrer dans la norme.
La place de la femme arabe en ce monde est très difficile à tenir à mes yeux, et certains livres sont éclairants, tels que « J’ai tué Schéhérazade : Confessions d’une femme arabe en colère » de Joumana Haddad ou « Les Identités Meurtrières » d’Amin Maalouf. Il lui est demandé d’être tout et son contraire. Son entité à part entière n’est que peu acceptée, et les livres de Nina Bouraoui ou Saphia Azzeddine en témoignent.

Vous avez dernièrement inauguré à Tunis une sublime exposition « 21’ Gram- Invitation au Voyage » avec une approche poétique et portant votre singulière identité artistique, parlez-nous de cette « constellation de photographies » et de vos projets en cours et à venir ?

« 21’Gram – Invitation(s) au Voyage » est une constellation de photographies, proposant un double voyage.
Le 1er voyage s’inscrit à l’intérieur de soi, une introspection méditative, un bref et rare moment où tout s’arrête, laissant la frénésie du quotidien de côté.
Le 2ème s’inscrit en un voyage à l’intérieur de la Tunisie, parcourant des chemins isolés, loin des côtes, s’enfonçant dans les entrailles de ce petit pays, révélant l’intense richesse si peu connue des terres intérieures.

« 21 Gram », le titre du film explique que nous perdons tous 21 grammes au moment précis de notre mort. Ainsi, à travers cette exposition, la mort se définit tel un rite de passage, d’une vie à l’autre, de la frénésie vers le calme, de la ville vers la campagne, de la masse vers l’individu, une célébration de la Vie et des transformations que nous sommes amenés à affronter.
L’Invitation au Voyage, titre d’un superbe poème de Charles Baudelaire, dont les interprétations sont multiples, incarne l’aspect poétique de cette série de photographies, inlassablement en recherche de beauté simple et à portée de main, des trouées de lumières, des jeux d’ombres.

Je travaille à ma prochaine exposition personnelle, qui est encore plus ancrée dans le voyage intérieur, physique et surtout psychique.

« La réalité est une vision d’optique » est la phrase de présentation sur votre nouveau site internet, est-ce une invitation à explorer une certaine  « intériorité » par vos photographies ?

C’est encore une double approche que je propose, très personnelle et universelle en même temps.

En 1er lieu, c’est un hommage à mon père, chirurgien ophtalmologue de son état, qui fut le 1er à m’initier à la photographie, et avec qui j’ai un échange très fréquent sur ce que nous voyons et surtout percevons autour de nous. Il m’a amené à la lecture de philosophes tel que Alhazen, qui fut le 1er à établir que la lumière de la lune venait du soleil. Cette approche a profondément changé ma propre vision des choses.

La 2ème approche découle de la 1ère : tout ce qui brille n’est pas diffuseur de lumière, m’amenant à regarder, observer, apprécier l’envers du décor de chaque élément qui peuple cette terre.

Il existe au sein de cette expression une notion d’ « Aura », chaque élément en étant doté à mes yeux. Il faut juste accepter que le temps puisse s’arrêter, et que la diffusion de cet Aura puisse nous toucher, nous troubler. Un bref arrêt temporel, une invitation à ralentir le temps et à saisir ce qui invisible. C’est un mouvement autant extérieur qu’intérieur. Je m’y emploie 24h sur 24, techniquement et sensiblement. Un épanouissement à part entière, un long et profond processus de vie.

Page Facebook de Lilia El Golli

Site internet de Lilia El Golli

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