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Escapade de 48h à Tunis pour prendre la température d’une capitale où la vie ne s’arrête jamais malgré les heurts de la terreur.

Un programme culturel

Les Thermes d'Antonin à Carthage

Les Thermes d’Antonin à Carthage

La Cathédrale Saint-Louis de Carthage

La Cathédrale Saint-Louis de Carthage

Lors de cette escapade, je suis allée avec des amis redécouvrir Carthage ou la « nouvelle cité » en phénicien, une cité au destin hors du commun. La promenade au sein des Thermes d’Antonin est toujours aussi impressionnante et nous rappelle que la Tunisie est un pays de plus de trois mille ans d’histoire. En effet, ce pays ne se résume pas uniquement à son littoral de plages de sable fin ni même aux titres de l’actualité. Vendredi 25 mars 2016, l’agenda culturel de Tunis nous invite à nous rendre à l’ouverture de la foire internationale du livre de Tunis où la France est l’invitée d’honneur de cette 31 ème édition. A l’arrivée je suis agréablement surprise par le nombre de visiteurs qui ont répondu à l’appel pour venir s’égarer ou se retrouver entre les livres en arabe, en français ou même en d’autres langues. Je remarque l’écoute attentive du public tunisien venu assister aux débats et rencontres organisés par l’institut français de Tunisie.

Racines de Ciel

de gauche à droite: Timour Muhidine, Mycèle Leca, Albert Dichy en débat à la foire du live de Tunis

de gauche à droite: Timour Muhidine, Mychèle Leca, Albert Dichy en débat à la foire du live de Tunis le 25 mars 2016

Ce séjour à Tunis a été aussi l’occasion de rencontrer le comité de réflexion de Racines de Ciel, un événement littéraire qui se tiendra en septembre prochain à Ajaccio en Corse.  Le comité de réflexion s’est rendu en Tunisie afin de préparer la prochaine édition, découvrir la foire internationale du livre de Tunis au Kram pour prendre rendez vous avec la Tunisie et les tunisiens. Mychèle Leca, fondatrice et organisatrice de Racines de Ciel oeuvre avec passion depuis plusieurs années à établir un dialogue entre les pays de la Méditerranée en réunissant de nombreux acteurs du livre; elle porte ainsi la conviction que le livre et la littérature sont un pont entre les différentes cultures et un facteur de paix. L’Eclectique est invité à participer à l’événement l’été prochain. Par ailleurs, la rencontre à Tunis avec l’écrivain libanais Albert Dichy, l’éditeur et écrivain turc Timour Muhidine, également membres du comité de réflexion de Racines de Ciel, a été une très belle surprise qui nous a permis de refaire le monde et d’échanger différentes expériences de voyages.

 

L’indémodable Sidi Bou Saïd

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Le détail fait toute la différence, décoration de l’Hôtel Dar Saïd

Le week-end s’est poursuit  à Sidi Bou Saïd dans la banlieue nord de Tunis où les poètes trouvent souvent refuge . Ce site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, recèle de plein de petites maisons et toujours de trésors cachés à découvrir tel l’hôtel de charme Dar Saïd où la décoration porte le chic du minimalisme entre la modernité et des détails précieux de la tradition. Ce samedi 26 mars 2016, Sidi Bou Saïd était bondé de monde venu se réjouir des premières heures du printemps. Les fleurs de d’oranger laissent un sillage qui ne laisse pas indifférent. Au milieu de la foule, je suis frappée par l’insouciance et les sourires sur les visages de la jeunesse présente et distraite en quête d’horizons clairs et libres. Le fameux Café des Nattes est plein, pareil pour le Café des Délices. Je marche, je m’arrête, j’observe les passants et la lumière du jour finit par commencer à s’estomper. Depuis les hauteurs de Sidi Bou Saïd, il est possible d’observer la fabuleuse vue panoramique sur le Golfe de Tunis puis le coucher de soleil et le mélange des couleurs parties s’évanouir dans la nuit pour laisser place à la lune qui se reflète merveilleusement sur la mer. Un instant de paix.

La force de l’imprévu

sigle sadika HDPendant cet intense périple à Tunis, j’ai été marquée par ma visite imprévue à l’espace Art Sadika dans la zone touristique de Gammarth ( banlieue nord de Tunis). Dans cet espace, des artisans fabriquent de très belles créations en verre soufflé vendues sous la marque Sadika. J’ai également pu rencontrer l’artiste Sadika Keskes dont le lieu porte son prénom et qui réalise entre autres des sculptures en verre soufflé. A l’étage de cet espace, il y a la galerie Alain Nadaud et c’est à cet endroit que j’ai fait une très belle découverte avec l’exposition Ward & Cartouches qui présente les œuvres des artistes tunisiens Houda Ghorbel et Wadi Mhiri.

L'Ange Gardien de Wadi Mhiri

L’Ange Gardien de Wadi Mhiri

Deux créations en particulier de Wadi Mhiri me remuent et m’émeuvent avec force: “L’ange gardien” est une création qui me frappe par sa lucidité et son cynisme invitant à la réflexion sur l’action des grandes puissances. Puis  il y a une oeuvre d’art constituée par un lit  à baldaquin et une décoration de balles en suspension. Sadika m’invite à m’allonger sur le lit pour bien découvrir cette création. Silence, je suis stupéfaite par ma découverte. Les balles en suspension au-dessus du lit sont en fait une mention en langue arabe: “Jihad al-nikah”. Il s’agit ici d’une allusion à ces femmes parties en Syrie pour “assouvir” les “besoins sexuels” des combattants ! Mes amis sont aussi surpris que moi. Une oeuvre très puissante et politique. Je suis heureuse et satisfaite de voir que l’on peut  présenter ce type d’œuvres en Tunisie sans censure. L’Exposition prévue jusqu’au 27 mars est prolongée jusqu’au 8 avril 2016. Mon voyage dans la création s’achève avec ma curiosité d’en découvrir encore et encore sur cette “Movida” tunisienne qui résiste par la création d’artistes éclectiques.

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Voyage dans la création en Tunisie pour rompre le silence

FullSizeRenderCe voyage “arty” à deux heures de Paris fut une belle échappée. La création des artistes tunisiens et la culture sont aussi fondamentales dans l’avenir de ce pays et son tourisme. Je n’ai pas vu beaucoup de touristes pendant ces 48h malgré quelques curieux conscients que le risque de la  terreur qui frappe aveuglement, en Tunisie, en France, en Belgique, en Turquie ou ailleurs, nous guette à tous les coins de rue dans ce monde contemporain dont l’actualité est brûlante. Qu’il est essentiel de continuer à vivre, à voyager pour résister à l’obscurantisme et son horreur. La Tunisie agonise de l’absence des visiteurs étrangers dans cette période où de nombreux défis se posent pour sa reconstruction et notamment face au défi sécuritaire près du chaos libyen. Dans une région en ébullition et en mutations profondes, la Tunisie apparaît cependant comme une exception nuancée dont la douceur résiste à la terreur.

Sarah Anouar

Prolongation de l’exposition “Ward & Cartouches” du 28 mars au 8 avril à l’espace Art Sadika, Galerie Alain Nadaud, Gammarth Tunis tél :(+216) 71 274 211/225

Lien de l’article sur l’exposition “Ward & Cartouches” à Tunis

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